Le mouvement s’accélère

Comme je l’abordais dans le post précédent, la disparition du film est un processus en constante accélération. Aujourd’hui on apprend que Fuji arrêtera la production de pellicule film, négative et positive, au printemps 2013. Avec Kodak en cours de liquidation aux Etats-Unis, ce sont les deux principaux fournisseurs argentiques qui stoppent leurs activités dans ce domaine.

Et bientôt le choix de tourner en 16 ou en 35mm risque de ne plus exister, à moins de recourir à de petits fabricants qui opéreront des chaînes artisanales et dont le prix des produits risque d’être nettement supérieur à celui constaté actuellement.

La numérisation des salles a donc accéléré de façon drastique la disparition de la pellicule film. Avec l’abandon progressif des magnétoscopes au profit du stockage sur disque dur, c’est tout un pan technologique de notre profession qui subit une mutation beaucoup plus rapide que certains ne l’avaient prévue.

Genval, le 27 septembre 2012

Le film argentique s’en va

argentique

Il y a bien longtemps que je n’ai alimenté ce blog, que le lecteur éventuel m’en excuse.

Les choses évoluent vite dans notre domaine, et en ce début 2012, la situation de la pellicule argentique au cinéma peut être résumée par quelques chiffres et quelques faits.
  • En 2011, 50% des salles aux Etats-Unis sont numériques. En Belgique elles sont 60%, et en Norvège 100%. Fin 2011 il y avait 18.500 salles numériques en Europe, soit plus de 50% des cinémas européens équipés digitalement.Les prévisions (http://www.screendigest.com/) pour 2015 indiquent qu’au niveau mondial environ 80% des salles auront effectué leur mutation.
  • En ce début 2012, aux US, 60% des longs métrages sont encore tournés sur de la pellicule. Ce pourcentage passe à 50 au Royaume Uni, 30 en France et 10 en Belgique. On ne manquera pas de mettre en corrélation ces pourcentages approximatifs avec la taille des budgets moyens des productions dans chacun de ces pays. Plus les budgets sont serrés, moins on tourne sur pellicule.
  • Fin 2011, on a vu les déboires du groupe Quinta en France, et particulièrement la mise en liquidation de LTC, un des deux grands laboratoires argentiques parisiens. Il ne reste plus à Paris que le laboratoire Eclair qui soit équipé pour le tirage de grande série, et la situation n’y est pas rose.
  • Ce début d’année a vu également la déconfiture de Kodak et sa mise sous protection de la loi sur les faillites aux US. On considère qu’il ne devrait pas y avoir de problème d’approvisionnement en négatif pour cette année, ensuite rien n’est sûr.

Ces différents éléments méritent une petite analyse.

La progression de la numérisation de salles est logique. Boostée par le relief, elle continue pour des raisons purement économiques. Les copies numériques coûtent beaucoup moins cher aux distributeurs, et ceux-ci les privilégient de toutes les façons possibles.

Et ceci a une incidence énorme sur les producteurs de pellicule et les laboratoires de développement. En effet, les copies d’exploitation représentent un métrage très supérieurs aux rushes. Un blockbuster français sort au niveau national sur un petit millier de copies. Avant l’apparition du numérique en diffusion, les acteurs argentiques (fabricant de négatif et labo) fournissaient un millier de fois la longueur du film en métrage de pellicule développée. Cette quantité est sans commune mesure avec le négatif nécessaire au tournage, où même un réalisateur très pointilleux fera rarement tourner une scène plus d’une dizaine de fois.

On comprend donc que même si le nombre de films tournés sur pellicule ne diminue que lentement, particulièrement sur les marchés dont les budgets sont conséquents, le chiffre d’affaire des fabricants de pellicule et des laboratoires chimiques est principalement affecté par la diffusion, et de ce fait en chute libre.

Il est malheureusement prévisible que la situation s’accélère encore. En effet, les laboratoires argentiques ont besoin d’une certaine quantité de matière à développer pour maintenir une qualité acceptable des bains de développement. Si les bains sont trop peu utilisés, ils s’encrassent (la poussière qui tombe dans les bains se colle sur le négatif, et moins il y a de négatif qui est développé, plus celui-ci sort sale). Si le chiffre d’affaire des labos diminue, il devient difficile de renouveler les bains régulièrement et d’en maintenir la qualité. En dessous d’un certain débit, ni la rentabilité ni la qualité ne peuvent être assurés. C’est la raison pour laquelle, même si une quantité non négligeable de longs métrages continuent à être tournés sur pellicule, le nombre de laboratoires va continuer à diminuer très rapidement.

J’ai été confronté aux conséquences de cette situation sur une production récente. Au studio Dame Blanche, nous avons travaillé sur un film tourné en 35mm 2 perforations. Après le scan en 4K, les images passent par une station de dustbusting pour un nettoyage numérique des poussières. A notre grande surprise, le négatif sortant du labo était sale comme le serait une archive vieille de 20 ans.

La baisse de débit dans les laboratoire a pour conséquence une réduction importante de qualité, qui pourrait évidemment entraîner une diminution de la demande pour les tournages sur pellicule encore plus rapide. Il se pourrait que d’ici peu seul subsiste un laboratoire important dans les grandes villes occidentales.

La numérisation des salles, de par la très forte diminution du débit qu’elle entraîne dans les laboratoires de développement, pourrait donc avoir rapidement des conséquences néfastes sur les tournages en argentique, entraînant une diminution de qualité qui risque d’accélérer l’abandon de cette technique. La question est maintenant de savoir si on arrivera au bout des stocks de pellicule avant la disparition de la majorité des laboratoires.

Genval, le 23 février 2012

20 ans de Haute Définition

Haute définition

En cette année 2010, il y a 20 ans que j’ai eu la chance de faire mes premières expériences en haute définition. C’était chez Polygone, à Bruxelles, au printemps 1990.

Premiers pas

Nous utilisions la norme Eureka développée par Thomson et Philips. Il s’agissait en fait de quatre images SD assemblées et affichées à un ratio de 16/9. Nous manipulions donc des images de 1440×1125. Philips avait développé une caméra (LDK 9000) de studio avec un ccd suffisamment grand pour cette définition, et Barco avait fabriqué un moniteur CRT de 1440×1250. Malheureusement, le seul mode d’enregistrement était un magnétoscope Philips analogique composite 1 pouce “amélioré”, dont la qualité était déplorable.

Quadruple flux

Pour travailler dans une meilleure qualité, nous enregistrions sur quatre magnétoscopes D1 (numérique SD non compressé) qui prenaient en charge chacun un quart de l’image. Thomson nous avait fourni un combiner qui recevait le signal HD RGB analogique de la caméra et en faisait 4 flux numériques SD qui étaient chacun enregistrés sur leur magnétoscope respectif. Le signal HD était dispatché un point sur deux et une ligne sur deux vers chacun des D1. Lorsque qu’on voulait rejouer l’enregistrement, il fallait synchroniser les quatre D1 avec un éditeur et le combiner refaisait à partir des quatre flux numériques SD un signal RGB analogique HD. C’était un peu une machine à gaz, mais ça marchait.

Bit Rate Reducer

Toutes les opérations de post production étaient effectuées quatre fois, sur chacun des quarts d’image, et comme c’était de l’entrelacé cela posait des problèmes inimaginables. Rapidement Thomson a développé le système de sous-échantillonnage en quinconce trame, permettant de ne plus travailler qu’avec deux D1, et ensuite un système de compression, le BRR (Bit Rate Reducer) qui permettait de ne plus travailler qu’avec un seul D1, lequel enregistrait des datas ressemblant à du bruit et non une image. L’image HD n’était visible qu’après être repassé par le BRR pour décompresser. Ce standard fut abandonné à la fin des années 90, et le standard 1920×1080 développé par Sony et la NHK s’imposa définitivement, mais ceci est une autre histoire…