Quelle est la raison d’être d’une société commerciale ?

Je suis actuellement dans le processus de création d’une société. Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, et comme chaque fois cela alimente beaucoup ma réflexion. Et quel meilleur outil que l’écriture et le partage pour clarifier ses idées. Je cherche donc mes réponses à cette question fondamentale: A quoi doit servir une entreprise, une société commerciale ?

  • En premier lieu, je pense qu’elle doit répondre à un besoin. On peut discuter longuement de la différence entre le besoin et l’envie. Mais ce qui me semble sûr, c’est que le besoin ne peut être créé par l’entreprise elle-même au moyen de la publicité. Créer de toute pièce un besoin auquel on répondra soi-même est intrinsèquement malhonnête. Cela ne fait pour moi pas de doute. Cependant, dans une démarche de partage des connaissances, l’entreprise peut révéler un besoin qui n’était pas conscient ou connu du du public. La réponse à un besoin est le précepte de base qui doit guider toutes les actions de l’entreprise. Par chacune de ses actions, elle doit répondre à une demande de la population, de sa clientèle ou de ses employés (par employés j’entends également les cadres et les ouvriers, mais pas les actionnaires).
  • Ensuite, l’entreprise commerciale a un rôle très important dans le partage des richesses. De par la rémunération de ses employés, elle est un acteur fondamental de la juste répartition des moyens financiers. Je crois qu’elle doit payer ses employés le plus possible. Et ils doivent être payés en fonction des facteurs suivants. La quantité du produit (travail x attention) fournie par le travailleur, ses capacités propres (expérience, études), l’importance qu’il représente pour l’entreprise et enfin ses responsabilités et investissements dans l’enrichissement des connaissances de l’entreprise. Mais, n’en déplaise à l’ancien directeur de Renault/Nissan et ses aficionados, ils ne doivent pas être payés proportionnellement au chiffre d’affaire ou au bénéfice qu’ils font faire à la société. Et quand j’écris “ils font faire” je devrais écrire “ils croient faire faire” car cette concentration extrême d’une réussite commerciale sur une seule personne est évidemment fausse et artificielle. Entretenue par celui qui a tout à y gagner.
  • En troisième lieu, mais cela devrait peut-être se situer plus haut, il y a l’accomplissement personnel des employés. L’entreprise doit donner à l’individu qui lui consacre du temps, du travail et de l’attention la possibilité de se réaliser et de réaliser ses ambitions. Lui donner de la valeur par la valeur qu’il donne lui même à l’entreprise.  L’entreprise est fière de ses employés, et eux-mêmes sont fiers de l’entreprise. La charte des valeurs de l’entreprise est claire et connue de tous. Toutes les actions sont menées dans la transparence. Les employés sont écoutés et entendus par l’encadrement. La communication est constante et claire.
  • Enfin, la société commerciale doit remplir ses obligations civiles et légales. Rémunérer le capital investi de façon juste et honnête. Ni plus, ni moins. Et proportionnellement à la rémunération du travail. Payer ses impôts pour participer aux dépenses de l’état dont la société profite au premier chef et indirectement. Participer activement à la vie sociale, culturelle et économique de la cité. Et montrer l’exemple. Être honnête, éclairée, bienveillante et généreuse. Aujourd’hui la seule richesse qui compte est la connaissance. Et la connaissance, on peut la partager sans en avoir moins. Celle qu’on a acquise, plus on la diffuse, moins on a de chance de la perdre.

C’est évidemment utopique, j’en conviens. Mais les utopies sont les moteurs indispensables du développement positif.

Archives et IA

Il y a des milliards de photos et de pictogrammes. Chaque film sur pellicule est une série de 24 ou 25 images par seconde sur un négatif argentique. La quantité de documents photographiques existants aujourd’hui dans la mémoire numérique mondiale est faramineuse. Que ce soit en JPEG, en TIFF, en DPX ou en raw. Un des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés est le classement. Comment retrouver la photo ou l’image que nous cherchons. C’est un problème crucial pour les gestionnaires de fonds d’archives.

L’intelligence artificielle va nous donner un coup de main. Comme votre Facebook reconnaît certains de nos amis sur les photos que vous postez, l’IA peut identifier n’importe qui sur à peu près n’importe quelle image.

Plutôt que d’identifier un milliard de chinois avec des caméras de surveillance, nous allons développer des programmes qui reconnaîtront les visages qui se répètent souvent dans une bobine, dans un dossier, dans les archives d’une année, dans un fonds d’archives entier. Le programme demandera à l’éditeur: “Qui est cette personne? J’ai constaté la présence de ce visage dans 4.500 des images de cette bobine de 15 minutes.” L’éditorialiste répondra qu’il s’agit de Marcello Mastroianni, et en profitera pour indiquer à l’IA que la magnifique jeune femme à ses côtés est Sofia Loren.

Quelques minutes plus tard, l’IA annoncera que dans la même bobine il y a 2.700 photogrammes sur lesquels Sofia Loren est visible.

Deux heures plus tard, l’IA annoncera qu’il y a encore 5.000 images avec Mastroianni et Loren sur toute la matière numérisée le même jour.

Une semaine plus tard, c’est 41 minutes d’images de Sofia Loren à différentes époques que l’IA aura retrouvées, dans la totalité d’un fonds d’archives. Le développement de ce genre d’outil n’est pas simple, mais très certainement pas impossible. Les briques existent, il suffit de les assembler et de donner au programme les bonnes informations pour ses recherches. L’IA n’est pas vraiment intelligente. Elle est juste très, très rapide. Et elle applique les algorithmes qui lui ont été destinés. Nous pouvons la maîtriser, ce n’est pas réservé à la Silicon Valley.

Les possibilités de la reconnaissance faciale sont immenses et encore peu envisagées. Un programme adapté tournant sur un serveur puissant et ayant accès à une grande quantité d’images renseignera les occurrences les plus nombreuses. Tel chef d’état, tel premier ministre, tel champion sportif ou vedette du cinéma. Même si ils n’ont jamais été détectés par les éditorialistes. Et peut-être retrouvera-t-on dans un fonds d’archives d’un pays méditerranéen des images de Sofia Loren entretenant une liaison secrète avec Jean Gabin sur les plages de la Méditerranée.

L’IA ne fait pas que reconnaître les visages. Elle est capable de reconnaître les bâtiments, les paysages et les villes dont on lui aura fourni les références. L’indexation automatique assistée par IA présente des possibilités encore insoupçonnées. Elle ne remplacera pas l’intelligence des éditorialistes, elle la complétera et les rendra beaucoup plus puissants, plus rapides et plus efficaces.

Numérisation, sauvegarde et pérennité : briser le lien entre contenant et contenu ?

Un amalgame est souvent fait lorsque l’on parle de numérique entre le contenant et le contenu. Dans le cas de l’analogique, du film sur pellicule, le contenant et le contenu ne font qu’un. Le contenant est la pellicule elle-même, positive ou négative, sur laquelle le récit filmé est inscrit. Le récit filmé étant le contenu. On ne peut séparer l’un de l’autre. En général, il existe quelques copies mais elles proviennent toutes d’un même négatif, et la perte de qualité due au phénomène de génération analogique différencie sensiblement le négatif original des copies. La destruction ou la perte du contenant (négatif original, ou copie de sauvegarde) induit donc la perte irréversible du contenu, en tout cas dans sa qualité originale.

Tout est différent dans le monde numérique. Une fois le film digitalisé, le contenant et le contenu sont définitivement séparés. Le contenu, le film lui même composé d’images animées et de son, est inscrit sous forme de un et de zéro sur un disque dur (le disque dur est le contenant) et peut être recopié sans perte de qualité un nombre illimité de fois, sur n’importe quel support numérique dont la capacité sera suffisante. Aujourd’hui des disques durs, de la mémoire flash (RAM, SSD, clé USB), des cassettes de sauvegarde LTO, hier des disquettes, des disques magnéto-optiques (CD, DVD, Blue Ray,etc..) des bandes magnétiques numériques et demain, qui sait, des atomes de carbone, des segments d’ADN, l’avenir nous renseignera.

Mais la seule et unique condition à la pérennisation du contenu est la duplication. Il est indispensable que le film soit dupliqué sur de nombreux supports différents, faisant appel à des technologies différentes, entreposés géographiquement à des endroits différents, protégés de façon efficace et cohérente. On comprendra facilement qu’il est plus facile de perdre un film de souvenir de famille qui n’existe que sur le disque dur de votre ordinateur que le concert de Queen au Live Aid le 13 juillet 1985 qui est sur les nombreux et très sécurisés serveurs de Youtube, mais aussi dans la mémoire cache de l’ordinateur de la plupart des 188 millions de spectateurs qui l’ont regardé ces quatre dernières années. Le risque de perte irrémédiable de la prestation de Freddie Mercury et de ses trois acolytes peut être considéré comme très faible. Ce qui n’est pas le cas de vos souvenirs de famille, si ils n’existent qu’en un seul exemplaire, dans un seul format, sur un seul disque dur. Ici le lien entre le contenant et le contenu n’a pas été brisé. Il le sera lorsque vous partagerez avec les membres de votre famille, par une publication privée sur Youtube par exemple, vos souvenirs. Par sécurité vous les aurez copiés sur un disque dur de sauvegarde qui sera stocké non pas à coté de votre ordinateur, mais sur votre lieu de travail par exemple. Ce disque dur sera contrôlé tous les ans, on en lira la totalité du contenu, et il sera remplacé au minimum tous les cinq ans.

Merci à Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor et John Deacon d’avoir attiré votre attention sur cet article.