Numérisation, sauvegarde et pérennité : briser le lien entre contenant et contenu ?

Un amalgame est souvent fait lorsque l’on parle de numérique entre le contenant et le contenu. Dans le cas de l’analogique, du film sur pellicule, le contenant et le contenu ne font qu’un. Le contenant est la pellicule elle-même, positive ou négative, sur laquelle le récit filmé est inscrit. Le récit filmé étant le contenu. On ne peut séparer l’un de l’autre. En général, il existe quelques copies mais elles proviennent toutes d’un même négatif, et la perte de qualité due au phénomène de génération analogique différencie sensiblement le négatif original des copies. La destruction ou la perte du contenant (négatif original, ou copie de sauvegarde) induit donc la perte irréversible du contenu, en tout cas dans sa qualité originale.

Tout est différent dans le monde numérique. Une fois le film digitalisé, le contenant et le contenu sont définitivement séparés. Le contenu, le film lui même composé d’images animées et de son, est inscrit sous forme de un et de zéro sur un disque dur (le disque dur est le contenant) et peut être recopié sans perte de qualité un nombre illimité de fois, sur n’importe quel support numérique dont la capacité sera suffisante. Aujourd’hui des disques durs, de la mémoire flash (RAM, SSD, clé USB), des cassettes de sauvegarde LTO, hier des disquettes, des disques magnéto-optiques (CD, DVD, Blue Ray,etc..) des bandes magnétiques numériques et demain, qui sait, des atomes de carbone, des segments d’ADN, l’avenir nous renseignera.

Mais la seule et unique condition à la pérennisation du contenu est la duplication. Il est indispensable que le film soit dupliqué sur de nombreux supports différents, faisant appel à des technologies différentes, entreposés géographiquement à des endroits différents, protégés de façon efficace et cohérente. On comprendra facilement qu’il est plus facile de perdre un film de souvenir de famille qui n’existe que sur le disque dur de votre ordinateur que le concert de Queen au Live Aid le 13 juillet 1985 qui est sur les nombreux et très sécurisés serveurs de Youtube, mais aussi dans la mémoire cache de l’ordinateur de la plupart des 188 millions de spectateurs qui l’ont regardé ces quatre dernières années. Le risque de perte irrémédiable de la prestation de Freddie Mercury et de ses trois acolytes peut être considéré comme très faible. Ce qui n’est pas le cas de vos souvenirs de famille, si ils n’existent qu’en un seul exemplaire, dans un seul format, sur un seul disque dur. Ici le lien entre le contenant et le contenu n’a pas été brisé. Il le sera lorsque vous partagerez avec les membres de votre famille, par une publication privée sur Youtube par exemple, vos souvenirs. Par sécurité vous les aurez copiés sur un disque dur de sauvegarde qui sera stocké non pas à coté de votre ordinateur, mais sur votre lieu de travail par exemple. Ce disque dur sera contrôlé tous les ans, on en lira la totalité du contenu, et il sera remplacé au minimum tous les cinq ans.

Merci à Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor et John Deacon d’avoir attiré votre attention sur cet article.

La Nouvelle Économie se transforme: Indeed invente le Loose-Loose

J’ai récemment, pour une de mes activités, du rechercher un chauffeur devant faire au minimum un aller-retour par semaine entre Bruxelles et Liège. Ayant expérimenté à la Sonuma des opérations de recrutement avec plus de 100 candidatures auxquelles il m’est déontologiquement impossible de ne pas répondre; même si le candidat ne répond à aucune des conditions décrites, je voulais limiter au maximum les candidatures. J’ai donc utilisé les services de la société INDEED (basée, par hasard, en Irlande) et qui propose gratuitement un service aux entreprises permettant, annoncent-ils, de limiter les candidatures. A 10 dans mon cas, en retirant l’annonce dès que 10 candidats ont répondu. Les candidats devant prendre une adresse mail sur le site pour pouvoir répondre, il est facile de les compter. Voici une des 370 réponses que j’ai adressées à des candidats non retenus depuis que j’ai posté mon annonce le jeudi 10 dans la soirée. Merci pour votre intérêt pour mon annonce. Celui ci me touche et me désole un peu car je dois vous répondre par la négative. En effet, dès la parution de mon annonce que j’ai postée jeudi dernier tard dans la soirée, j’ai reçu une quantité inimaginable de réponses. C’est d’autant plus désolant que j’avais expressément spécifié à Indeed que je ne désirais que les dix premières réponses. Ce qui est un service qu’INDEED prétend offrir. Elles m’auraient certainement permis de faire mon choix. Et je n’aurais pas dû décevoir des demandeurs d’emploi qui, j’imagine, ont des choses plus utiles à faire que de postuler pour un emploi qui n’est déjà plus vacant. J’avais également indiqué que l’anglais était totalement indispensable. Alors que l’annonce fut postéejeudi soir, je continue à recevoir une semaine plus tard plusieurs mails par heure. J’ai déjà du purger complètement ma boîte mail qui avait fait planter tout mon ordinateur. Je dois avoir reçu actuellement trois cents septante lettres de motivation. Dont les trois quart proviennent de candidats qui ne parlent pas anglais. Le service gratuit de Indeed est donc très mauvais pour l’employeur que je suis, bien que gratuit. C’est certainement la dernière fois que je fais appel à eux. Si on y regarde de plus près, on voit que Indeed, offrant des services gratuits, vit de la publicité présente sur son site. Son SEUL et UNIQUE intérêt est l’augmentation constante du trafic. Que les chercheurs d’emploi trouvent du travail sera même pour eux une source de perte de revenu. Il faut qu’ils restent captifs le plus longtemps. Comme les électeurs du PS doivent restés assistés. Et l’employeur qui a les moyens de payer pour un service de qualité se verra proposer un service gratuit afin qu’il ne puisse pas se plaindre de la piètre prestation qu’il reçoit. Et pourtant si j’avais su, j’aurais préféré payer pour un meilleur service que de passer tout mon week-end à écrire à des candidats auxquels je fais parfois de la peine.On a ici l’exemple même d’un système libéral devenu fou qui profite d’une masse de demandeurs d’emploi aux abois en leur “offrant” un service inefficace qui devrait être payé par des clients qui ont évidemment les moyens de payer. Ce sont des sociétés comme INDEED qui, face à l’ignorance ou avec la bénédiction d’un état qui n’exerce plus le contrôle minimum qu’on serait en droit d’attendre de lui, creusent chaque jour le fossé entre les riches et les moins aisés. On fait payer aux “pauvres” par leur temps disponible sur un site qui affiche des publicités pour des produits hors de leurs moyens ce qu’on offrent à des gens qui souvent préfèreraient payer un service qui n’en est pas un. C’est contre ce système que les gilets jaunes devraient se battre. Les affameurs des temps modernes, ce sont les profiteurs des situations de désarroi qui, grâce à la publicité non ciblée donc idiote et avec la complicité passive de l’état, lorsque ce n’est pas avec son aide, essaient éternellement de privatiser les bénéfices et de mutualiser les pertes dans une société au bord de l’effondrement.Je regrette de vous avoir donné involontairement de faux espoirs. Sachez que le candidat retenu est évidemment sur-qualifié . Il est trilingue et affiche deux ou trois fois plus que les diplômes requis. Je vous souhaite bon courage et bonne chance.

Hit Parade

Les plus jeunes (ou les moins vieux) ne peuvent se souvenir de l’éphémère carrière musicale de la princesse Stéphanie de Monaco. Elle avait eu l’idée de se lancer dans la chanson en enregistrant “Comme un ouragan”. Le prince Rainier, son père, ne voulant ajouter au ridicule de la prestation la honte d’un bide, avait acheté, dès la sortie du disque, les 500.000 exemplaires pressés. Ce qui avait entraîné l’entrée du morceau à la première place des hit parades français, et une diffusion intensive sur toutes les radios commerciales dont la playlist était basée sur les hit-parades. Et ce matraquage avait eu pour résultat de faire du morceau un véritable hit en France. On murmure qu’il reste de nombreuses caisses de 45 tours dans les caves du palais de Monaco. Rainier ayant trouvé l’expérience onéreuse, la carrière musicale de Stéphanie se termina rapidement.
Aujourd’hui, il n’y a plus de 45 tours, le terme “single” n’a plus beaucoup de sens, et le streaming prend le pas sur l’achat, physique ou dématerialisé, de la musique. Les hit parade ne veulent plus dire grand chose, entre l’ultra-top qui essaie de tenir compte des ventes et du streaming, Le top de Shazam qui relève le nombre de recherche d’un morceau, et les différents classements des nombreux diffuseurs.
Il ne reste aujourd’hui qu’un sésame à l’accès à la notoriété, c’est le nombre de vues sur YouTube. Que n’entend-on parler de telle chanteuse qui a commencé sa carrière en faisant des reprises seule à son piano (qu’elle filmait avec son smartphone) et qui a fait des millions de vues sur YouTube. Ou encore ce rappeur ayant défrayé la chronique footballistique et dont le recent single à fait 3 millions de vues en deux jours sur YouTube. Les millions de vues sur YouTube sont devenus le mètre étalon de la popularité, justifiant la diffusion sur les radios commerciales comme les articles dans la presse.
Et bien, souvent, c’est du vent. De la triche. Les vues sur YouTube s’achètent, et malheureusement pour feu Rainier de Monaco, beaucoup moins cher que des 45 tours. Une recherche sur Google vous révélera les tarifs en vigueur, lesquels peuvent être divisés par deux si on est capable de voyager sur le darknet. Et en y réfléchissant, c’est bien normal. Peut-on réellement imaginer qu’un tiers de la Belgique, tous âges confondus, regardent le même jour le nouveau clip d’un rappeur connu par quelque pour-cent de la population. Ou qu’une jeune chanteuse, fille de bonne famille, trouve en quelques jours deux millions de spectateurs pour son premier single. Par contre, une fois la machine démarrée à coup de vues achetées, la curiosité entretenue par les médias fait le reste. Allons voir cet artiste qui totalise plus de vues pour son clip que d’habitants dans ce pays !
YouTube prétend lutter contre ces pratiques, plus ou moins sérieusement. Sauf si vous êtes un “gros” diffuseur, avec un compte estampillé VEVO, pour lequel aucun contrôle n’est effectué.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que les comptes Facebook de ces artistes ne servent qu’à renvoyer vers YouTube, et ne proposent pas les clips directement. Le nombre de vues sur Facebook est beaucoup plus difficile à manipuler, et beaucoup plus cher à acheter.
Des vues sur YouTube, ce sont des fermes d’ordinateurs qui lisent sans relâche des quantités de clips, en usant de vpn pour faire croire à des origines différentes. Alors que des vues sur Facebook nécessitent une inscription préalable, et Facebook fait une vraie chasse aux faux profils qui biaisent ses résultats publicitaires.
En conclusion, écoutez la musique que vous aimez, pas celle qui semble faire l’unanimité.