Pourquoi c’est Différent en Film ?

Pourquoi les archives sur film ont peu en commun avec les archives vidéo ou numériques natives ?

De la pellicule au numérique
Tourner en pellicule présente de grandes différences par rapport à un tournage en vidéo ou en numérique.
D’une part, c’est un processus chimique qui ne permet pas de voir immédiatement ce qu’on a filmé. Il faut attendre le développement du négatif ou le tirage d’un positif ou encore la vision sur un télécinéma (système électronique de visualisation d’image film sur un appareillage vidéo).
D’autre part, la pellicule coûte cher. C’est une émulsion à base de cristaux argentiques fabriqués dans des usines spécialisées et de ce fait, il faut être économe au niveau des tournages. On ne tourne que la matière nécessaire, les budgets n’étant pas illimités.
Quand la vidéo est apparue avec, comme support, les cassettes, le résultat était visible immédiatement. Ensuite, on pouvait réenregistrer ou effacer si le sujet n’était pas bon. Le coût, certes encore conséquent, était beaucoup moins élevé qu’avec la pellicule film et la facilité d’utilisation était beaucoup plus large. On a donc tourné beaucoup. Dès l’arrivée du numérique, avec un coût du stockage encore moindre en apparence, on a tourné encore plus.


La pellicule : une partie de notre mémoire
On constate qu’avec l’évolution des moyens d’enregistrement, la quantité de matière augmente. Nos critères de valeur ne sont, bien entendu, pas les mêmes que ceux d’il y a 60 ans ou même 30 ans, mais il est évident que les archives films ont une valeur intrinsèque beaucoup plus grande puisqu’elles sont moins nombreuses.
La RTBF a, par exemple, à peu près 8.000 heures d’archives films qui couvrent 20 ans (1950 à 1970). Quand la vidéo est arrivée, ce sont près de 50.000 heures d’archives qui couvrent une durée équivalente.


Dans les sujets que la cellule de la SONUMA a numérisés ces 4 premières années, il y a des matchs de football des années 60 qui ne présentent sans doute pas de réelle valeur historique sauf pour les amateurs du genre. Mais il existe aussi des dizaines d’heures d’une extrême richesse et d’une grande qualité, des interviews de très grandes vedettes à leurs débuts comme la première interview d’Audrey Hepburn après son premier film ou encore deux chansons de Serge Gainsbourg, issues de son 1er album et dont il n’existe aucun document filmé. De nombreux sujets qui, d’un point de vue politique, culturel, géopolitique, artistique ou géographique présentent un intérêt historique non négligeable. Sans oublié les aventures de Mgr Makarios de Chypre.

La pellicule : pérennisation en danger
Une chose importante dont il faut tenir compte est l’état de déliquescence de la pellicule qui est beaucoup plus grand que l’état de déliquescence de la vidéo. Entendons par là que, souvent, la pellicule film est dans un état critique. Il faut donc procéder à une restauration manuelle afin de pouvoir la lire sur le scanner. En général, on ne peut la lire qu’une seule fois puisqu’après l’avoir lue, elle risque de se casser.
Pas droit à l’erreur donc.


La pellicule : un patrimoine à préserver
Pour toutes ces raisons, numériser et rendre disponibles les archives sur pellicule film est beaucoup plus précieux et historiquement enrichissant proportionnellement à l’heure de matière traitée que la vidéo ou le numérique.
Le film doit être abordé de façon totalement différente de la vidéo. Il convient de le numériser en haute qualité et en haute définition afin de s’assurer de la valeur pérenne de l’archive vis-à-vis des standards actuels et à venir.
Une réflexion intéressante serait peut-être de n’archiver en haute qualité que la partie d’un fonds qui présente une importance historique plutôt que de numériser la totalité du fonds en basse qualité, sachant qu’il y a très peu de chance qu’on arrive à le numériser en haute qualité par après.

                        Paul Englebert août 2019
                        Pour SINeMA

Société Internationale de Numérisation et d’enrichissement des Médias et Archives

Il faut se méfier de Google

J’utilise Google search depuis très longtemps.

Après des années de bons et loyaux services, j’ai vu Google changer. J’ai d’abord vu apparaître les “résultats achetés” qui étaient une forme de publicité qui permettait à l’annonceur de faire apparaître son site comme le premier résultat d’une recherche, quelle qu’elle soit.

Vous travaillez pour Mercedes et vous achetez le résultat en première ligne pour toute recherche de “belles voitures BMW ou Audi” ou une quelconque association de ces termes.

Vous qui hésitez entre une Audi et une BMW, il n’est pas certain que si vous tapez “belles voitures BMW ou Audi” dans Google, vous souhaitiez voir une Mercedes (il s’agit d’un exemple, inutile d’essayer il ne fonctionne pas).

Dans le chef de Google, c’est évidemment contestable pour un moteur de recherche de vendre des faux résultats, mais à l’origine ils étaient clairement identifiés. L’utilisateur voyait qu’il s’agissait de publicités ciblées, et que les résultats réels étaient plus bas. Ces derniers temps, cette différence entre résultats potentiellement faux et vendus aux annonceurs et résultats “honnêtes” issus de l’algorithme de Google me semble s’estomper chaque jour un peu plus.


Google a pris un pouvoir énorme. Il s’est placé entre nous et l’information. Et il me semble prêt à devenir le premier propagateur de fake News, pour autant qu’on lui en paye l’emplacement.

Un été chaud

Il y a 21 ans, je m’en souviens bien, l’été était chaud. En 1998, j’avais quitté le studio Polygone en disant que je ne reviendrais pas après les vacances. J’y étais monteur / truquiste numérique indépendant depuis 13 ans. J’avais décidé de créer ma propre boîte. Un studio de post-production avec le premier Smoke (Discreet Logik) de Belgique. Un système de montage / trucage / étalonnage non linéaire révolutionnaire, surtout parce qu’il était indépendant de la résolution.

A l’époque, tous les systèmes existants et puissants en terme de manipulation d’image ne travaillaient que sur les définitions usuelles de la vidéo, en PAL ou en NTSC.

Smoke, et son grand frère Flame, pouvaient travailler sur toutes les tailles d’images. En 1998, on faisait beaucoup de publicités chez Polygone. La clientèle publicitaire est très volatile. J’en ai profité cet été là. J’en profiterai moins six ans plus tard, quand mon associée minoritaire passa chez un concurrent, avec presque tous les clients.

Toujours est-il que l’été 1998 était chaud. J’avais quitté mon boulot, emprunté 17 Millions de francs belges et attendais septembre pour voir combien de clients seraient au rendez-vous chez MatchBox.