Archives film vs archives vidéo

Le support film est un support difficile à manipuler, dans l’obscurité totale tant qu’il n’a pas été chimiquement développé. Il est onéreux, il s’agit de grains d’argent photosensibles appliqués sur un support d’acétate de cellulose.

L’image n’est pas visible immédiatement, il faut d’abord faire réagir la pellicule avec différent produits chimiques (révélateur, fixateur, blanchiment) pour obtenir un négatif stabilisé qui n’est plus photosensible et qui peut-être tiré sur une pellicule positive pour être projeté.

Ce processus est long, aléatoire (les concentrations et stabilités des bains de développement influencent beaucoup le résultat), onéreux, artisanal et difficile (il faut charger et décharger les caméras dans l’obscurité absolue).

La conséquence de tout cela est évidemment qu’on tourne avec de parcimonie. Si le sujet en vaut la peine, et uniquement lorsqu’on est sûr de soi.

L’arrivée de la vidéo, qui permet une vision immédiate, dont le support est effaçable et réutilisable et qui est fiable dans ses résultats, va changer complètement la donne. On va tourner beaucoup plus et le rapport entre le nombre d’heures d’archives qui seront conservées et leur intérêt intrinsèque va fortement diminuer. Les archives film sont beaucoup plus précieuses, beaucoup plus fragiles et beaucoup plus fréquemment intéressantes.

Mais la pellicule est vieille, souvent abîmée, atteinte par diverses dégradations chimiques, parfois cassante. Il est fréquent qu’une pellicule ne puisse passer qu’une fois sur le scanner sans casser. Un deuxième passage sera trop exigeant en sollicitations mécaniques et verra la pellicule se tordre ou casser fréquemment.

Il faut donc aborder la numérisation des archives films de façon philosophiquement totalement différente des archives vidéo. Il n’y a pas droit à l’erreur. A priori, on ne peut pas recommencer. Il faut viser immédiatement le plus haut niveau de qualité, c’est tout un héritage culturel qui est en jeu. On ne peut pas imaginer de numériser en qualité moyenne et de repasser une deuxième fois ce qui semblera intéressant, le risque étant trop grand. Il s’agit avant tout ici d’un processus artisanal, culturel, historique et patrimonial bien plus que d’une activité industrielle et commerciale. Il n’y a qu’en ne perdant pas ça de vue qu’on peut aborder judicieusement la numérisation des archives film.

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