Archives et IA

Il y a des milliards de photos et de pictogrammes. Chaque film sur pellicule est une série de 24 images par seconde sur un négatif argentique. La quantité de documents photographiques existants aujourd’hui dans la mémoire numérique mondiale est faramineuse. Que ce soit en JPEG, en TIFF, en DPX ou en raw. Un des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés est le classement. Comment retrouver la photo ou l’image que nous cherchons. C’est un problème crucial pour les gestionnaires de fonds d’archives.

L’intelligence artificielle va nous donner un coup de main. Comme votre Facebook reconnaît certains de nos amis sur les photos que vous postez, l’IA peut identifier n’importe qui sur à peu près n’importe quelle image.

Plutôt que d’identifier un milliard de chinois avec des caméras de surveillance, nous allons développer des programmes qui reconnaîtront les visages qui se répètent souvent dans une bobine, dans un dossier, dans les archives d’une année, dans un fonds d’archives entier. Le programme demandera à l’éditeur: “Qui est cette personne? J’ai constaté la présence de ce visage dans 4.500 des images de cette bobine de 15 minutes.” L’éditorialiste répondra qu’il s’agit de Marcello Mastroianni, et en profitera pour indiquer à l’IA que la magnifique jeune femme à ses côtés est Sofia Loren.

Quelques minutes plus tard, l’IA annoncera que dans la même bobine il y a 2.700 photogrammes sur lesquels Sofia Loren est visible.

Deux heures plus tard, l’IA annoncera qu’il y a encore 5.000 images avec Mastroianni et Loren sur toute la matière numérisée le même jour.

Une semaine plus tard, c’est 41 minutes d’images de Sofia Loren à différentes époques que l’IA aura retrouvées, dans la totalité d’un fonds d’archives. Le développement de ce genre d’outil n’est pas simple, mais très certainement pas impossible. Les briques existent, il suffit de les assembler et de donner au programme les bonnes informations pour ses recherches. L’IA n’est pas vraiment intelligente. Elle est juste très, très rapide. Et elle applique les algorithmes qui lui ont été destinés. Nous pouvons la maîtriser, ce n’est pas réservé à la Silicon Valley.

Les possibilités de la reconnaissance faciale sont immenses et encore peu envisagées. Un programme adapté tournant sur un serveur puissant et ayant accès à une grande quantité d’images renseignera les occurrences les plus nombreuses. Tel chef d’état, tel premier ministre, tel champion sportif ou vedette du cinéma. Même si ils n’ont jamais été détectés par les éditorialistes. Et peut-être retrouvera-t-on dans un fonds d’archives d’un pays méditerranéen des images de Sofia Loren entretenant une liaison secrète avec Jean Gabin sur les plages de la Méditerranée.

L’IA ne fait pas que reconnaître les visages. Elle est capable de reconnaître les bâtiments, les paysages et les villes dont on lui aura fourni les références. L’indexation automatique assistée par IA présente des possibilités encore insoupçonnées. Elle ne remplacera pas l’intelligence des éditorialistes, elle la complétera et les rendra beaucoup plus puissants, plus rapides et plus efficaces.

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