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Avoir raison trop tôt

Marguerite Yourcenar a dit: » C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt » et c’est devenu un adage.

Mon expérience professionnelle m’a longtemps fait penser que c’était vrai. J’ai commencé à faire de la Haute Définition en 1990. C’était totalement expérimental, mais il m’a semblé tout a fait évident dès cette époque que la vidéo numérique (qu’on nomme aujourd’hui « le digital ») serait bientôt capable de remplacer la pellicule film. Lorsque j’ai lancé ma propre société de post-production, quelques années plus tard, j’ai choisi du matériel capable de travailler en HD. Même si aucun client ne le demandait. Lorsque Sony a mis sur le marché le premier magnétoscope HD, en 1999, j’en ai acheté un immédiatement. Très cher. Il a très peu tourné. Je voulais faire figure de pionnier et j’étais totalement convaincu que la HD allait s’imposer très vite. J’étais surpris que ce ne soit pas encore le cas. Et je voyais bien chez mes associés l’émergence d’un doute. Le pragmatisme aurait conseillé de postposer ce genre de dépense.

En 2004, j’ai participé au lancement d’une société de location de caméra et de post production dédiée uniquement au cinéma et qui ne proposait que des outils vidéo HD, alors que la pellicule film représentait encore 90% du marché. Steven Spielberg avait dit: « Le cinéma viendra au digital. Pas parce que c’est meilleur, mais parce que c’est moins cher. Et que le cinéma est une industrie ». Alors, pourquoi donc cette grande mutation traînait-t’elle tellement.

Il aura fallu attendre 2010, pour qu’à la suite du film Avatar, et pour des raisons que j’expliquerai dans un autre article, l’industrie entame sa grande mutation. Soit vingt ans après mes premières expériences. Les faillites successives des sociétés où j’avais soit imposé, soit encouragé fortement la HD m’ont amené à croire que Marguerite disait vrai. J’avais eu tort.

Je comprends aujourd’hui que mon tort n’était pas d’avoir eu raison trop tôt. J’avais raison. Je savais dans quelle direction le train allait. Mon tort était d’agir comme si le train était déjà arrivé à destination. Que ce soit par impatience, par enthousiasme ou par vanité. Mais il est beaucoup plus utile de comprendre dans quelle direction on va que de savoir quand on y arrivera. Ca permet d’être prêt.

P.S. La photo d’illustration de cet article n’a pas grand chose à voir avec le sujet, mais je la trouve jolie.

20 ans de Haute Définition

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En cette année 2010, il y a 20 ans que j’ai eu la chance de faire mes premières expériences en haute définition. C’était chez Polygone, à Bruxelles, au printemps 1990.

Premiers pas

Nous utilisions la norme Eureka développée par Thomson et Philips. Il s’agissait en fait de quatre images SD assemblées et affichées à un ratio de 16/9. Nous manipulions donc des images de 1440×1125. Philips avait développé une caméra (LDK 9000) de studio avec un ccd suffisamment grand pour cette définition, et Barco avait fabriqué un moniteur CRT de 1440×1250. Malheureusement, le seul mode d’enregistrement était un magnétoscope Philips analogique composite 1 pouce « amélioré », dont la qualité était déplorable.

Quadruple flux

Pour travailler dans une meilleure qualité, nous enregistrions sur quatre magnétoscopes D1 (numérique SD non compressé) qui prenaient en charge chacun un quart de l’image. Thomson nous avait fourni un combiner qui recevait le signal HD RGB analogique de la caméra et en faisait 4 flux numériques SD qui étaient chacun enregistrés sur leur magnétoscope respectif. Le signal HD était dispatché un point sur deux et une ligne sur deux vers chacun des D1. Lorsque qu’on voulait rejouer l’enregistrement, il fallait synchroniser les quatre D1 avec un éditeur et le combiner refaisait à partir des quatre flux numériques SD un signal RGB analogique HD. C’était un peu une machine à gaz, mais ça marchait.

Bit Rate Reducer

Toutes les opérations de post production étaient effectuées quatre fois, sur chacun des quarts d’image, et comme c’était de l’entrelacé cela posait des problèmes inimaginables. Rapidement Thomson a développé le système de sous-échantillonnage en quinconce trame, permettant de ne plus travailler qu’avec deux D1, et ensuite un système de compression, le BRR (Bit Rate Reducer) qui permettait de ne plus travailler qu’avec un seul D1, lequel enregistrait des datas ressemblant à du bruit et non une image. L’image HD n’était visible qu’après être repassé par le BRR pour décompresser. Ce standard fut abandonné à la fin des années 90, et le standard 1920×1080 développé par Sony et la NHK s’imposa définitivement, mais ceci est une autre histoire…

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