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Un débat anime le petit monde de la post production cinématographique depuis quelques années.

Comment archiver un long métrage ?

Je ne parlerai pas ici de contenu (que faut-il archiver, les rushes et/ou les masters) mais bien de contenant. Tous les films de cinéma existent aujourd’hui en version numérique nécessaire à la fabrication des DCP diffusés en salle. Rien ne s’oppose donc à la sauvegarde sous forme numérique de ces fichiers.
Et c’est ici qu’apparaît le cœur du débat. Les disques durs ne seraient pas fiables à long terme, et les archives numériques risquent d’être illisibles dans quelques années. Il faut donc archiver une copie sur pellicule pour s’assurer de la pérennité de l’oeuvre. Cet argumentation a permis aux Laboratoires Éclair à Paris de convaincre le ministère français de la Culture d’exiger une copie film uniquement pour le dépôt légal.
Cet argument est cependant faux et désavantageux pour la production.

Pourquoi est-il faux?

Il part d’une comparaison biaisée entre de la pellicule film, dont on sait que, dans des bonnes conditions de chaleur et d’humidité, elle pourra être conservée en l’état une cinquantaine d’année, et un disque dur dont la technologie est jeune et encore en développement. Et l’erreur est de faire l’amalgame entre les données numérique et le disque dur, entre le contenu et le contenant. Un avantage énorme de la numérisation des données est leur possibilité de redondance. Toutes les données peuvent être copiées autant de fois que désiré sans perte. Tout comme l’utilisateur privé fait une ou plusieurs copies de sécurité (Back up) du contenu de son ordinateur, une archive de cinéma numérique sera dupliquée plusieurs fois et stockée sous différents formats (disques durs, cassettes LTO, cloud) à différents endroits. Sa garantie de pérennité en est alors beaucoup plus grande qu’une pellicule fragile et non duplicable sans dégradation.

Pourquoi est-il désavantageux pour la production ?

Un retour sur pellicule est une opération onéreuse, dont le budget avoisine vite 30.000€ pour une film de nonante minutes. Ce n’est pas négligeable dans l’équilibre financier d’une post production. Et cette dépense est totalement improductive. Il s’agit d’une déclinaison du master qui ne permet pas de vente supplémentaire ou un accès à différents marchés, contrairement à un encodage pour DVD ou pour VOD. Cette obligation de la part du ministère de la Culture peut être considérée comme un subside détourné à la filière argentique afin de la maintenir sous perfusion avant une extinction inéluctable.
L’ampleur de la dépense entraîne déjà son lot de corollaires. Pour quelques milliers d’euros, il est possible d’obtenir dans certains pays de l’ex bloc de l’Est une copie sur pellicule d’un long métrage. Une caméra 35mm chargée de négatif périmé filme une TV sur laquelle est diffusée une copie vidéo du film. La qualité est déplorable et l’existence même de cette filière tend à prouver que l’organisme du Dépôt Légal n’effectue aucun contrôle de qualité. La pérennité est évidemment ici compromise.

Perrenité

Malheureusement, même dans les meilleures conditions techniques dont font certainement preuve la majorité des laboratoires français, le passage des données numériques vers la pellicule film est une opération réellement destructrice qualitativement. Environ 30% de la définition est perdue. L’oeuvre subit donc une dégradation importante dans le but d’assurer sa conservation.
Enfin, on peut raisonnablement s’inquiéter de l’accessibilité des outils permettant de lire de la pellicule film dans les décennies à venir. Une fois que la majorité des archives film auront été numérisées, il est peu probable que de tels équipements, fragiles et onéreux, soient maintenus en état chez les prestataires aussi bien publics que privés.
L’archivage sur pellicule, en comparaison de l’archivage numérique, est donc plus cher, de moins bonne qualité et d’une pérennité incertaine.
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